Capitaine François

Le pont du Pra d’Astier.

pradastier3

Nous nous étions implantés dans le quadrilatère que limitent les vallées du haut Verdon, du moyen Var et de la Vésubie; la plupart des localités de la périphérie étaient encore aux mains des Allemands, mais ils n’osaient pas s’aventurer dans les montagnes: il faut dire que, faute de pouvoir amener du matériel lourd, ce qui nécessitait la maîtrise de routes difficiles pour les camions, ils en étaient réduits à envoyer, sur les sentiers, des colonnes, très vulnérables, de fantassins.

mauser

 

Il aurait, en effet, suffit d’atteindre le premier de la file avec un bon Mauser à lunette pour arrêter leur progression, car ils devaient redescendre le blessé avant de continuer, comme ils le faisaient toujours quand l’un des leurs était blessé en début d’opération.

 

 

Le risque, pour nous, était de nous laisser encercler, et nous devions, pour l’éviter, être constamment en alerte. Nos liaisons sur le terrain laissaient malheureusement beaucoup à désirer: faute de téléphone de campagne et les lignes des P.T.T. étant constamment surveillées, il fallait utiliser des estafettes à pied ce qui, bien sûr, ralentissait notre vitesse de manœuvre.

 


plateausaintjean

Plateau Saint Jean-Beuil.

La vie sur les hauteurs était quand même plus facile pour nous que ne l’avait été celle des vallées, que ce soit à Puget-Théniers ou à Barcelonnette; nos terrains de parachutage étaient relativement peu menacés: nous en avions au Col des Champs, au Lac d’Allos, au plateau de Dina; près de Puget-Théniers et, plus tard, au plateau de Saint-Jean Baptiste près du Beuil.

 


Vers la mi-juillet, je fus envoyé de Ratery vers la région de Beuil-Valberg, avec la mission de contrôler les voies d’accès du Var moyen et de la route Digne-Nice vers les plateaux du Haut-Pays, par les vallées du Cians, de Daluis, de la Tinée; et de la Vésubie.
J’arrivai le 14 juillet dans mon nouveau secteur où je fus reçu à bras ouverts: les gens avaient entendu parler de moi à la suite des événements de début mai à Puget-Théniers et je n’eus pas de peine à recruter la trentaine de volontaires qu’il me fallait pour les opérations prévues.


pradastier2

La bâtisse blanche est l’hôtel du Cians.

Il faut dire que la victoire, qui paraissait proche, accroissait le zèle des paysans: Guillaumes avait fêté le matin « son premier 14 juillet d’après guerre », un peu tôt d’ailleurs car les Allemands allaient y revenir. Je m’installai avec mon P.C. à l’Hôtel du Cians sur la proposition du propriétaire, dont les quatre fils d’ailleurs voulurent aussi s’engager à mes côtés.

 

 

DESTRUCTION DU PONT DU PRA D’ASTIER

Le travail commença très vite: il fallait, avant tout, compléter notre système de défense en faisant sauter à nouveau le Pont du Pra d’Astier, sur le Cians, que j’avais détruit une première fois en juin, mais que les Allemands avaient, depuis, fait réparer: ils avaient fait poser des poutres en bois par une équipe locale requise d’office et ils surveillaient ce pont maintenant jour et nuit à partir d’un poste de garde installé dans la seule maison du coin.

pradastier1Je m’étais rendu compte qu’ils tiraient au mortier sur tout mouvement suspect, déclenchant régulièrement des avalanches de pierres, ce qui rendait l’approche du pont singulièrement dangereuse. Une nuit où la lune était à son dernier quartier, je pris six volontaires équipés d’un armement léger, j’emportai des explosifs et des grenades incendiaires et nous partîmes vers le Pra d’Astier, déchaussés pour ne faire aucun bruit.

 

pradastier3

Le pont du Pra d’Astier.

Arrivés à proximité du pont, Nino, un de mes hommes s’approcha silencieusement de la sentinelle qui le gardait et nous en débarrassa d’un coup de dague; je plaçai alors mes cartouches de plastic contre les piliers de bois du pont, munies de deux détonateurs à retardement, l’un de 15 minutes, l’autre en recours de 30 minutes. J’ajoutai pour le spectacle une bombe incendiaire éclairante.

 

Le poste de garde allemand était cent mètres plus bas. Nous nous repliâmes sans plus de bruit qu’à l’arrivée, en remontant quelques lacets de route jusqu’à un point d’où nous pouvions voir le pont et nous attendîmes l’explosion, dans ce fond de vallée, fut

sten

Pistolet mitrailleur anglais-Sten.

fantastique: des débris vinrent tomber jusque près de nous,
l’incendie se déclencha aussitôt, sa lueur était aveuglante en raison du magnésium de la grenade éclairante.

Les Allemands réveillés en sursaut sortirent en courant: leurs silhouettes se découpaient en ombre chinoise, mais nous étions trop loin pour les atteindre avec les Sten.


Nous nous sommes rechaussés, et à neuf heures du matin, nous étions de retour à Beuil: l’expédition avait duré douze heures.
A Beuil, ce furent les embrassades, l’orgueil du succès, on nous fêta en héros, et chacun aurait voulu avoir participé à l’opération. Je pus quand même me reposer un peu avant le repas de midi (au cours duquel on nous servit du ragoût de mouton aux lentilles), mais mon après-midi allait être très occupé, car j’avais prévu de m’occuper d’un champ de mines que l’ennemi avait installé sur la route, au dessous de Valberg et qui empêchait toute circulation entre Beuil et cette station.



Catégories :Non classé

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.