La chronique de Marcel Brignoni

La Pie au œufs d’or.

Une nouvelle chronique de Marcel Brignoni, délicieusement tirée de nos contes et légendes provençales.

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Le petit s’en était monté voir son ami Marcel, histoire de ficanasser.
– Tu es au courant qu’il parait que les Dagland, on changé de voiture, il se sont acheté une grosse berline 4X4 de luxe.
En plus, il ont loué un camion, et ils ont viré de leur appartement tout le mobilier qu’ils ont porté à la déchetterie.
Puis durant une semaine, ce sont des peintres, qui sont intervenus ; après il est passé tout un tas de camions de livraison, cuisine, électroménager, mobilier de luxe.
Sur le banc de la place , l’autre jours Robert, il disait qu’ils avaient du trouver la poule aux œufs d’or.


oeuf-d-or_0– Oh, la poule aux œufs d’or, j’y croie guère, ils n’ont même pas un poulailler, mais le Loto, ou un héritage tardif. A moins que ce fut la Pie aux œufs d’or.


– La Pie aux œufs d’or, s’in quese ?


– Ben, je vais te raconter. Il y avait dans notre canton des territoires et des parcelles sur lesquels le bon dieu s’était penché, la terre y était bonne, le soleil savait s’y attarder quand on en avait besoin, et il y avait de l’eau. Par contre il avait dû oublier d’autres endroits, de maigres parcelles accrochées à la montagne, entre deux ravinas, un de roubines noires et l’autre de roches rouges. Il y avait comme ça un hameau constitué de quelques bâtiments, ou l’eau était rare, l’herbe et les arbres aussi, où loin de tout, une famille s’accrochait à vivre.
Dans cette famille, il y avait un jeune garçon, un peu de ton âge, il se nommait Barnabé, et il était passionné par les oiseaux ; il s’était au cours des années constitué une collection d’œufs d’oiseaux qu’il allait prélever dans les nids.
Par chez nous, la gasse (la pie), ne reste pas, on est trop haut, et les prédateurs sont nombreux, mais va t’en savoir pourquoi, il y a des années où elle monte.
Barnabé avait observé en dessous du hameau , les allées et venues de deux pies, qui paraissaient nicher dans les branches d’un vieux tilleul.
Il grimpa sur l’arbre au risque plusieurs fois de se rompre le cou et fini par découvrir un nid ; celui-ci n’était pas gardé . Au fond du nid, il n’y avait que deux œufs, de la taille de la dernière phalange du majeur de la main d’un adulte. Il s’en saisit et redescendit de l’arbre.
C’est une fois arrivé chez lui qu’il les examina avec attention.
Ces œufs étaient bien lourd, ils avaient la forme d’une grosse goutte, ovale comme un œuf, mais avec une petite excroissance à l’extrémité supérieure.
Des œufs de Pie, Barnabé n’en avait jamais vu, et que à l’époque il n’y avait pas de livre d’image, ni internet pour pouvoir comparer et vérifier.
Le lendemain, il alla en parler à son grand père, qui même ne sachant ni lire, ni écrire était une véritable bibliothèque pour tout ce qui concernait les choses de la nature.
Le grand-père, regarda sa trouvaille, soupesa de sa main les œufs, en mit un dans la bouche, et exerça une pression sur la coquille avec les quelques dents qui lui restait. Puis, il le lustra longuement sur le devant de sa chemise.
Au bout d’un moment, la crasse du temps qui entourait l’œuf disparue, et il apparut une coquille faite d’un métal doré.


tilleul-111750– Regargea ben pitchoun, acco es de l’or, regargea la marca qu’a fach lei mieu paura dent.
Barnabé regarda de plus prés.
–  Où les as-tu trouvés ?

–  Sur le gros Tilleul d’en dessous la faissa paura.


– N’en parle à personne pour le moment, faut que je réfléchisse, tu sais la gasse est voleuse, on dit qu’elle chipe volontiers tout ce qui brille, pour aller le déposer parfois dans un de ses anciens nids.
Mais il faudrait que tu continue à les observer du matin, jusqu’au soir et noter dans ta tête où elles vont.

Barnabé s’enquit de cette tache avec le plus grand sérieux, il fit même un plan où il indiqua par des flèches les déplacements des Pies.
Ainsi les pies, parcouraient un vaste territoire, Barnabé les localisait souvent grâce à leur jacasseries.
Le soir, il rendait compte à son grand père.


ravinnoir– Et puis elles montent jusqu’à la petite barre rouge, de là elles virent à gauche, traversent le ravin du Fiou Noir, les terres de rien, puis elles vont jacasser, dans l’ilot d’arbres isolés qui domine le ravin du Fiou Rouge.


– Je vois, je vois, est ce que par là haut, tu ne vois pas les restes d’un immense chêne à moitié mort.


– Tout à fait, pépé, je me suis rapproché par le haut en suivant la sente des chèvres, mais c’est super dangereux par là bas, faudrait être un oiseau pour y aller.


– Je vois très bien où c’est ! Coura era pichoun, la foudre était tombée sur un gros chêne isolé là-bas et il avait brûlé pendant une semaine, on voyait la fumée d’ici et comme une étrange lueur rougeoyante la nuit.


Mais cela me rappelle autre chose, j’étais comme d’autre partis travailler en Provence, dans un petit village pas loin de Toulon, il y avait une vieille tour qui servait à fabriquer du plomb de chasse.
Au sommet de la tour, on faisait fondre du plomb que l’on versait dans une sorte de grande passoire, les gouttes de plombs tombaient dans le vide et formaient en descendant de petites boules sphériques. Des fois, il en avait qui prenaient la forme d’un tout petit œuf avec une petite bavure sur le haut, un peu comme tes œufs.


Au repas du soir, le papé pris la parole.

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– Mes chers enfants, gens de notre lignés, brues et gendres, j’ai une grande nouvelle à vous annoncer. Jusqu’ alors on ne peut pas dire que la chance soit passée par chez nous.
Toutefois, il y a un trésor sur nos terres.


– Oh, papé, tu es encore allé faire un tour à la cave, vérifier ton tonneau de piquette. Dit l’oncle Célestin.


– Et çà qu’est ce que c’est, dit le papé, en lançant sur la table les œufs de Pies.


Le silence se fit et chacun examina, soupesa, et mordit dans les pépites.
Il n’y avait aucun doute c’était bien de l’or.
Et le papé expliqua l’aventure de Barnabé, et les déductions qu’il en avait tirée.
On prépara donc une expédition, certains se munirent de piochons pour faire des marques de pieds pour franchir les valons de roubines, le plus dur fut de faire traverser une échelle de bois de plus de trois mètres. On s’était encordé et l’on plantait des pieux pour pouvoir créer un passage.
On se pourvu aussi de haches, de scies et de tranchoirs à élaguer.
Il fallut toutefois une bonne journée pour traverser et faire un semblant de passage pour atteindre l’îlot au milieu des ravinas.
On recommencerait le lendemain matin.
Effectivement le vieux chêne était bien là, au milieu d’un bosquet de chênes plus jeunes, ses ultimes descendants.
C’est Honorin le père de Barnabé qui monta le premier à l’échelle, et escalada le restant. En haut du tronc, la où partaient les branches majeures, il y avait comme un puit noirci qui descendait au milieu de l’arbre.  Honorin aperçu alors vers le fond un trait de lumière.
Il redescendit le long de l’arbre à l’aide d’un cordage, jusqu’au niveau de l’origine du trait de lumière.
Au dessus d’un moignon de branche morte, il y avait une faille, et le long de ce moignon comme un petit canal creusé dans laquelle reposait une garniture de métal qui se terminait par une coulure vers le sol.
Il prit sont couteau et décolla la bavure, c’était bien de l’or.
– Il y a bien de l’or, il faut creuser, ratisser, et tamiser le sol au pied de l’arbre, au dessous de là où je me trouve.

Ils se mirent tous au travail et effectivement finirent par trouver de nombreux œufs de Pies en Or.
A la fin de la journée, il fallut se rendre à l’évidence, un trésor de pièces d’or avait bel et bien été caché dans un creux en haut du vieux chêne et le feu déclenché par la foudre l’avait fait fondre.
Mais il était possible qu’il restât dans les entrailles du vieux chêne mort une partie importante de cet or.
On décida de revenir pour couper, débiter et espépier les blocs du tronc du chêne.
Il fallut bien presque cinq jours de travail pour y arriver mais l’on trouva plus d’un kilo d’or dans les entrailles du chêne.
La famille, pu ainsi, s’acheter une bonne terre, là où l’eau abondait , construire un nouveau hameau, et vivre dans la prospérité du labeur.
Avant de quitter leur ancien hameau, il tirent quand même à ériger un petit oratoire là ou se trouvait le vieux chêne. Dans ce petit oratoire trône une statue de Pie en bois peinte.
– Et c’était où ? Dit le petit.
– Là où au milieu des ravinas, subsiste aujourd’hui quelques ruines et où à proximité au milieu d’autres ravinas demeure un boqueteau de chênes, et un oratoire avec une Pie.
Et le petit reparti ravis de son histoire, plein d’idées sur les Pies et les Trésors.

Deux semaines passèrent et l’absence du petit lui pesant, Marcel inquiet téléphona à sa mère pour avoir de ses nouvelles.
– Oh, en ce moment, il a une nouvelle passion, je ne le vois plus de la journée ; il court après les Pies.
– Oh, paure, cela lui passera, dans quelques années, il courra après les filles.

Par Monsieur JM Fonseca



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