La chronique de Marcel Brignoni.

Le Pluga-Pluga.

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Le petit était parti à la chasse aux papillons avec son filet dans les prés du plateau.
Les prises étaient bonnes, il allait pouvoir compléter sa collection d’insectes épinglés et rivaliser avec le Mathieu, le fils du coiffeur, qui lui trichait car il avait hérité de la collection de son grand-père.
Comme le soleil tapait dur en ce milieu de matinée de juin, il se dit que son ami Marcel Brignoni ne lui refuserait pas un verre d’eau agrémenté d’une lichée de sirop de grenadine.
Il arriva à la maison de Marcel par le champs du dessous.
Celui-ci était là, vêtu d’un étrange accoutrement, son vieil imperméable de berger sur le dos, le bas du pantalon attaché aux chevilles avec de la ficelle bleue de botte de foin, et un vieux fichu de bonne femme qui lui entourait la tête et dissimulait le bas de son visage.
Il maugréait et parlait tout seul : « Il est temps que tu quittes cette demeure esprit Pluga Pluga. Fora d’aqui lou Pluga-Pluga ! »
Amusé, le petit le vit s’emparer d’un vieux seau de fer troué et y déposer un allume feu pour barbecue enflammé et quelques bouts de charbon de bois.
Le petit s’approcha pour mieux voir, Marcel s’en aperçu et n’interrompit pas ses préparatifs, au contraire il les commenta.
– Alors, la farigoule séchée, trois feuilles de laurier rose, trois branches de sauge, l’herbe verte une  bonne poignée, sept pincées de souffre, sept grosses pincées de gros sel, tout est là je n’ai rien oublié.
– Ma que fa tu Marcel ? dit le petit.
– Je m’apprête à chasser définitivement le Pluga-Pluga.
–  S’in quése lou Pluga-Pluga ???
– Un esprit Facétieux et Malin, au début tu penses que c’est toi qui perd un peu la boule. Tu laisses un objet bien en évidence, sur le rebord de l’évier, sur la desserte d’un buffet, et même devant toi sur la table de la cuisine, et quand tu reviens, il a disparu.

pluga téléphonePar exemple les clefs de voiture, heureusement j’en ai le double ! Alors le cerca de partoute d’en la maihoun, et tu ne le trouves pas, trois jours plus tard, il réapparaît exactement à l’endroit où tu étais persuadé l’avoir laissé la première fois. Comme le téléphone portable, il faudrait toujours en avoir un pour faire sonner l’autre, parce que planquer le téléphone, ça le Pluga Pluga, il adore..
En fait c’est l’esprit d’un être particulier, souvent, il prend la forme d’un insecte, un papillon de nuit, un criquet, un hanneton, une petite chose ridicule qui se déplace sur le sol dans l’herbe sèche
Et, il arrive que tu ne fasses pas attention et que tu l’écrase. Et alors il se transforme en esprit, il te suit dans ta maison, et commence à se venger. Il cache et déplace les objets, c’est à t’en rendre calu, et si tu ne veux pas vraiment le devenir, il te faut le chasser.
C’est une arrière grande tante qui m’avait donné le truc, une fois que le feu aura pris dans le seau, j’y mets les herbes magiques, le sel et le souffre, et je fumige toutes les pièces de la maison.
Le pluga-pluga n’en supporte pas l’odeur, aussi il s’en va, s’empare de l’esprit d’un autre insecte et ne revient jamais.clef de voiture

 

 

lou pluga pluga ok

Une épaisse fumée blanche commençait à s’échapper du seau. Marcel rajouta quelques poignées de végétaux par-dessus, la fumée diminua pour repartir de plus belle.

 

 
lou Pluga Pluga– Je peux venir avec toi Marcel ?
– Non ! Tu restes ici, et tu m’attends, j’ai fermé tous les volets et les stores, obscurcis les fenêtres avec des couvertures. Il n’y a que la porte de la cuisine qui reste ouverte, c’est un canal de lumières.
Il le suivra pour sortir. Regarde bien si tu vois comme un petit papillon fait de fumée qui sort et qui va se réfugier dans un arbre en voletant, c’est lui.
Et Marcel agitant son seau par la poignée, réajustant son masque, il entra dans la maison après avoir pris une grande inspiration d’air frais.
Il en ressortit, en toussant au bout d’une huitaine de minutes.
– Alura pichoun, lei viste ?
– J’ai bien vu un petit nuage de fumée escarper tout seul et partir vers le chêne au dessus des escaliers.
– C’est qu’il est parti alors, ma vie va redevenir normale maintenant, je n’en pouvais plus.
– Moi aussi il m’arrive de ne plus retrouver mes affaires, un lundi matin, j’étais sûr d’avoir mis mon devoir de la semaine et quand je suis arrivé au collège, il n’y était plus. La même chose m’est arrivé avec un CD que je devais rendre sans faute à Roberto, je l’avais laissé bien en évidence sur la poutre de la hotte de la cheminée et vé parié, disparu et réapparu, au même endroit deux jours après.
Tu crois que chez-moi aussi, il peut y avoir un Pluga-Pluga ?
– Que c’est bien possible.
– Alors tu pourras un jour, passer chez moi, pour chasser le Pluga-Pluga.
– Vé, quand j’aurais un moment, et puis il faut que je demande à quelqu’un de Touët des feuilles de lauriers rose, je n’en ai plus.

Et comme d’habitude, Marcel oublia. Et quelques semaines plus tard en callant au village.
– Alura Marcel, toujou en gamba tu ? L’interpella Edmond.
– E tu finda ! Quoi de neuf au village ?
– Pas grand cau, mais mercredi dernier, les pompiers sont venus au village, il y avait le feu au deuxième étage d’une maison de la rue basse.
Enfin, surtout beaucoup de fumée qui s’échappait d’une fenêtre au travers les persiennes.
En fait, c’était le petit Passeron, qui avait fait du feu dans un vieux seau de fer, soi-disant pour chasser le Pluga-Pluga. Vas t’en savoir, les gosses, où ils vont chercher toute ces histoires ?

Marcel évita toutefois de descendre au village durant une semaine, le temps que la fumée se dissipe.

Texte de Monsieur JM Fonseca



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