La chronique de Marcel Brignoni

Un trésor de ferraille.

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En cette premier jour d’aout, il faisait chaud, à en faire suer les pierres.  
L’herbe était sèche, la terre craquelée, ça faisait un grand moment que le ciel n’avait daigné nous gratifier de quelques gouttes d’eau, même les ronces et les chênes commençaient à replier leur feuilles qui se teintaient d’une couche de vert marron.

Le petit n’était pas monté d’un moment la haut, voir son vieil amis Marcel, il faisait trop chaud et puis, et puis, en cette période de vacance étaient arrivé au village des estivants, et ils avaient une fille, Magalie, dont la présence troublait bizarrement le petit.
Il ressentait comme un besoin, celui d’être prés d’elle, d’entendre le son de sa voix, son rire cristallin et joyeux.
Sentir l’air quelle déplaçait en jouant , l’envie d’effleurer sa longue chevelure et comme une envie de la protéger…

Bref, craisi que m’en capi.

Toutefois, un matin une rumeur descendit de la montagne, en réparant le mur d’une faïsa, Marcel avait fait une découverte et les gendarmes étaient monté chez lui.
Le lendemain à la fraiche, le petit pris la route, par chance quelqu’un montait et le pris au passage.
Marcel était derrière sa maison, et assit sur une cadière triait des choses qu’il extirpait d’un drôle de petit tonnelet.
– Oh, Marcel va ben tu ? En gamba ?
– A part cette terrible chaleur qui commence à me donner mal aux pattes, ça va :
– Et à quoi tu t’occupe ?
– A trier ce qui reste de ma part d’héritage de mon arrière oncle Saturnin. J’ai fini par trouver son trésor, celui dont on parlait dans la famille.
– Un trésor ?
– Enfin si l’on veut, le Saturnin, il était sellier bourrelier ambulant, il réparait tout ce qui était en cuir et même les chaussures.

tf1Il parcourait tous les villages et les quartiers isolés avec sa mule et son outillage, ces colles, et ses bouts de cuir.
Il faut dire qu’à cette époque, il ne manquait pas de travail, tout le monde travaillait avec des bêtes, des attelages, pour tout un tas de travaux des champs et de la forêt, aussi des choses en cuir, il n’en manquait pas. Et c’était l’époque ou l’on réparait plutôt que de jeter et de racheter.
Aussi, il était attendu de partout, car les gens n’allaient pas perdre la journée pour descendre au gros bourg pour faire réparer un harnais ou un licol.


Il avait une marotte et surtout un œil d’aigle. En parcourant les chemins , il repérait le moindre bout de métal et le mettait dans sa bounière.
Il récupérait tout, les bouts de fer à vaches ou à mulets, les clous de ferrage, les clous et les bouts de renforts de semelles des chaussures, les restes de gros clous carré de traverse des charpentier ou des forestiers.
– Et qu’est ce qu’il en faisait ?
–  Il les accumulait dans un récipient et puis quand il en avait beaucoup, il les descendait au forgeron, à Entrevaux.
Il faut dire que ces bouts de ferrailles qui avaient connu plusieurs fois le feu de la forge et les martellements du forgeron donnaient une fois ramollis, rougis au feu, remartelés et trempés en plusieurs bains, les meilleurs aciers pour faire des outils.
Ainsi en partageant son butin avec le forgeron, il obtenait les meilleurs outils tranchants et les meilleures alènes à coudre le cuir de tout le canton.
Il était alchimiste aussi, il préparait lui-même ses colles, avec de la glue, de la résine de pins, des os de poulet, et une pincée de farine de gland.
Quand il recollait, cousait et reclouait une semelle de cuir sous des godillots, les gens en avaient pour plusieurs années.

tf3Il allait lui-même , acheter ses peaux de bœuf ou de vache, chez les bouchers et les tannaient lui-même, il disposait d’un cabanon prés du Cians, où il avait acheminé de l’eau avec des tuyaux en terres cuites et faisait  lui-même ses préparation alcalines pour le tannage.
Tiens, il faisait lui-même son cirage, avec du suif et de la cire d’abeille, du noir de fumée pour le cirage noir et du brou de noix pour le cirage marron.
Et c’était de la qualité, sur les foires les marchands de chaussures se disputaient pour en obtenir quelques pots.
Je me rends compte maintenant de tout le savoir qui s’est perdu le jour où il nous a quitté.
– Et les gendarmes pourquoi ils sont montés.
– Oh, les nouvelles vont vites , ben tout simplement parce que quand en défaisant , le mur de pierre qui tenait une partie du gros clapas, sur le dessus du tonneaux de Saturnin que je venais de découvrir, il y avait deux coques de grenades rondes en fonte qui dataient de la guerre de 14-18 ou qui venaient du champs de tir ou de manœuvre du plateau St Michel à Bueil.
Comme je me méfiais, je les ais quand même appelé avant de continuer à dégager le contenant de ferraille. Mais comme elles étaient vides, ils me les ont laissées.
– Tu me les montreras.
– Bien sûr.
Et le reste de la matinée fut un voyage archéologique effectué à partir de tout un tas de petits bouts de fer rouillés.
Ce fut une grande leçon d’histoire, celle de ces petites gens, durs aux labeurs qui peuplaient alors nos montagnes.

tf2– Et çà qu’est ce que c’est ?
Ben çà alors ! Une aiguille à chapeau, elle est en acier, et c’est étrange, elle n’a jamais pris la moindre rouille.
– Une aiguille à chapeau ? A quoi cela servait ?
– Et bien dans les grandes occasions voire même lors des travaux de champs les femmes portaient chapeau et pour ancrer le chapeau sur la tête, afin que lors d’un coup de vent ou lors d’un mouvement il ne tombe pas, les femmes le maintenaient dans leur chignon à l’aide d’une longue aiguille.
– Et la pierre rouge qui est sertie au bout, c’est un gros rubis ?
– Oh, j’en doute, un bout de verre coloré, tu sais par ici les gens n’avaient pas les moyens de se payer des pierres précieuses.
– Tu me le donnes ?
– Si ça peut te faire plaisir.

Quelques jours passèrent, et en passant sur la placette alors qu’il remontait d’avoir fait quelques courses à Puget-Théniers, Marcel aperçu le petit assit sur le banc à côté d’une ravissante gamine en short blanc. Elle avait ramassé ses longs cheveux noirs en un chignon arrière, et était coiffée d’un chapeau de paille.

Texte de Monsieur Fonseca



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